Jeune avocat : prendre la parole sans attendre d'être légitime
Réseaux Sociaux & Vidéo11 min de lecture··Mis à jour le

Jeune avocat : faut-il attendre d'être légitime pour prendre la parole ?

Non. Aucun texte ne réserve la communication aux avocats expérimentés : l'article 10 du RIN s'applique de la même façon le jour de la prestation de serment et après vingt ans de barre. L'ancienneté ne change que deux choses : vous ne pouvez revendiquer comme domaines d'activités dominantes que ceux que vous pratiquez déjà réellement, et les mots "spécialiste" ou "spécialisé" restent réservés aux titulaires d'un certificat. Pour le reste, un jeune avocat peut expliquer le droit, raconter son métier et se faire connaître dès ses débuts. C'est souvent ce qu'attendent les clients, qui cherchent quelqu'un qui les comprenne plus qu'un CV.

C'est aussi le frein que Charlie Capera, fondateur de Mediavocats, entend le plus souvent chez les avocats qu'il filme : "Beaucoup d'avocats ne prennent pas la parole sur les réseaux sociaux pour une seule raison : ils pensent qu'il faut de l'ancienneté pour pouvoir s'exprimer. Ils ne se sentent pas légitimes, alors ils attendent. Ils attendent jusqu'à devenir finalement invisibles." (Reel Mediavocats du 19 août 2026)

Les jeunes avocats sont nombreux : le ministère de la Justice a compté 5 020 inscriptions à un barreau en 2023, dont 3 911 premières inscriptions, pour 75 681 avocats au 1er janvier 2024. Voici ce que les textes permettent, ce que cherchent les clients, et comment deux avocates qui se sont lancées tôt s'y sont prises.

Ce que l'ancienneté change vraiment, selon les textes

L'article 10.2 du Règlement intérieur national (RIN), dans sa version consolidée de juillet 2026, ne pose aucune condition d'expérience pour communiquer. Il impose les mêmes règles à tous :

  • permettre au public de vous identifier, de vous localiser et de vous joindre, et de connaître votre barreau et votre structure d'exercice ;
  • procurer une "information sincère" sur les prestations proposées ;
  • ne publier aucune publicité mensongère ou trompeuse, aucune mention comparative ou dénigrante.

Deux règles de ce même article pèsent davantage sur un avocat qui débute.

Les domaines d'activités dominantes. Vous pouvez en afficher trois au plus, et l'information "doit résulter d'une pratique professionnelle effective et habituelle de l'avocat dans le ou les domaines correspondants". En première année, cela veut dire afficher ce que vous traitez vraiment, pas ce que vous aimeriez traiter.

Les mots "spécialiste", "spécialisé", "spécialité" et "spécialisation". Ils sont réservés aux avocats titulaires d'un certificat de spécialisation, comme le signe distinctif du CNB. Un jeune avocat ne les emploie pas, même pour décrire une matière qu'il maîtrise : il parle de domaine d'activité.

Enfin, l'article 10.5 du RIN rappelle que "l'avocat participant à un blog ou à un réseau social en ligne doit respecter les principes essentiels de la profession" : dignité, délicatesse, modération, confraternité. Ces principes s'appliquent à tous, quel que soit le nombre d'années de barre.

Le RIN prévoit même un accompagnement pour les deux premières années d'exercice : l'avocat référent (article 22). Il est désigné par le conseil de l'Ordre parmi les avocats du même barreau ayant au moins deux ans d'exercice, extérieur à votre structure, et sa mission, gratuite, consiste à "parfaire la formation pratique" et à vous "aider dans [votre] parcours professionnel". C'est un interlocuteur tout trouvé pour relire votre première publication ou votre future page de présentation.

Ce que cherchent les clients : être compris, pas un CV

La suite du Reel de Charlie Capera résume l'enjeu : "Le problème, c'est que les clients n'attendent pas un CV. Ils veulent être compris, rassurés, quelqu'un qui vraiment les éclaire sur leur situation."

Les chiffres disent la même chose. Selon le baromètre Odoxa pour le CNB de décembre 2024, les clients qui ont consulté un avocat ont obtenu ses coordonnées par un proche dans 37 % des cas et par un moteur de recherche dans 19 % des cas. Un an plus tard, le baromètre 2025 relève que 34 % des Français privilégient les recherches en ligne pour s'informer sur leurs droits, et que 10 % utilisent déjà une IA générative pour obtenir des informations juridiques. Celui qui cherche "que faire si mon employeur me convoque à un entretien préalable" ne vérifie pas votre date de serment : il lit l'explication la plus claire.

Il y a un second enjeu, plus discret. Dans un autre Reel, Charlie Capera rapporte "la phrase que se disent le plus les avocats : si seulement ils m'avaient appelé avant". Son explication : "Dans l'esprit collectif, on fait appel à un avocat seulement dans les situations très graves. [...] Se montrer accessible, ce n'est pas perdre sa stature, c'est créer de la confiance." (Reel du 17 février 2026) Un jeune avocat qui vulgarise la procédure en vidéo n'a pas besoin d'un palmarès pour être utile : il aide le futur client à comprendre qu'il est temps d'appeler.

Deux avocates qui se sont lancées tôt

Les propos ci-dessous sont retranscrits des entretiens vidéo publiés par Mediavocats, légèrement allégés pour l'écrit.

Clairette Olympio : le "journal intime" de son installation

Avocate au barreau de la Seine-Saint-Denis, Clairette Olympio a prêté serment en janvier 2020 et s'est installée à son compte en 2021, après un peu moins d'un an de collaboration. Elle exerce principalement en droit pénal, droit de la famille et droit des mineurs. Elle a commencé à publier sur Instagram dès son installation, à une époque où, dit-elle, "ce n'était pas encore démocratisé d'être sur les réseaux sociaux".

Dans son entretien avec Charlie Capera, elle raconte comment elle a franchi le pas : "Je pense que la réflexion d'oser être sur les réseaux sociaux, je l'ai faite avant. [...] Mais par contre, une fois que je me suis lancée, je me suis lancée pour de vrai. Je me suis dit : quitte à le faire, autant le faire bien. Ça fonctionne, tant mieux. Ça ne fonctionne pas, tant pis. Mais au moins tu n'auras pas de regret."

Son contenu n'était pas une vitrine d'expertise : "C'était un peu le journal intime de mon installation. [...] Je racontais un petit peu mon expérience, mes débuts, mes premières plaidoiries, mes premiers dossiers toute seule." Et ce que la présence en ligne lui a apporté d'abord n'est pas ce qu'on attend : "Ce que Instagram m'a surtout apporté, c'est que ça m'a permis de me sentir moins seule." Les clients sont venus aussi, mais elle met en garde : "Il ne faut pas penser que parce que vous êtes un avocat sur Instagram, vous allez récupérer pléthore de clients grâce à ce canal."

Son ton, enfin, est un choix : "Je voulais de l'authenticité, je voulais quelque chose de frais. Je suis jeune. [...] Pour être différent des autres, il ne faut pas faire comme tout le monde." Elle y voit un effet sur la relation avec les clients qui la découvrent en vidéo : "Ils ont déjà un peu l'impression de me connaître", ce qui "fluidifie un petit peu le contact" dans des matières qui "touchent à l'intime".

Mariam Hamour : passer le cap malgré les regards

Mariam Hamour, avocate en droit des assurances au barreau de Paris, s'est installée après un passage dans un grand groupe d'assurance puis une collaboration en cabinet. Elle a affronté l'autre frein, celui du jugement des confrères. Dans un extrait de son entretien, elle se souvient : "Quand je me suis lancée sur les réseaux sociaux, et avant le format vidéo, j'ai eu une réflexion d'une consœur qui m'a dit : ah bah alors, j'ai vu que tu t'es lancée sur les réseaux sociaux, tu prévois d'être influenceuse ? D'un ton un peu moqueur."

Ce que la vidéo lui a apporté : "Davantage d'assurance, puisqu'une fois qu'on a franchi le cap, on se dit qu'on peut le refaire. [...] Ça m'a apporté effectivement pas mal de prospects et des clients." Son conseil aux confrères qui hésitent : "Ne pas douter de soi-même, parce que les [avocats] pour lesquels on travaille quand on est collaborateur, on les voit pleins de confiance, pleins d'expertise, mais ils sont passés aussi par des débuts, comme nous."

Elle décrit aussi une méthode très simple pour les premières années, sans caméra : "La réalité, c'est d'aller chercher, c'est de se montrer, de ne pas se cacher. Ma stratégie, c'était, quand je rencontre des personnes, que ce soit des parents d'élèves, des personnes au supermarché, de pouvoir leur glisser au passage : je suis avocate, n'hésitez pas si vous avez besoin." (entretien complet) Elle précise que cela ne lui a "pas apporté plein de dossiers", mais que cela permet à ces personnes de la recommander quand un proche leur parle d'une difficulté dans son domaine.

Par où commencer quand on a peu d'expérience

Parlez de ce que vous traitez vraiment. Une garde à vue, une audience devant le juge aux affaires familiales, une rupture conventionnelle : expliquer une procédure que vous pratiquez chaque semaine ne demande pas vingt ans de barre. C'est même ce qui respecte le mieux l'exigence d'une pratique "effective et habituelle" de l'article 10.2.

Choisissez un seul canal au départ. Clairette Olympio le recommande explicitement : "ne pas vouloir se lancer sur tous les canaux pour faire comme un tel ou comme un autre, mais vraiment regarder ce qui te correspond". Elle a commencé par Instagram, puis s'est ouverte à LinkedIn une fois en confiance. Notre guide des règles des réseaux sociaux pour les avocats compare les réseaux.

Commencez avec le matériel que vous avez. "N'attendez pas d'avoir un matériel professionnel, un éclairage parfait ou un micro hors de prix pour commencer à vous filmer", conseille Charlie Capera dans un Reel d'avril 2024 : "L'importance se trouve dans la qualité de votre discours et l'utilité des informations que vous délivrez. Vous pouvez très bien commencer seulement avec un téléphone et un trépied installé sur votre bureau." Son second conseil porte sur les premières secondes : "En trois secondes, vous devez convaincre la personne de rester sur votre vidéo." Si l'exercice est difficile, notre article sur la difficulté de se filmer seul en détaille les raisons.

Racontez votre métier, pas vos dossiers. Vos débuts, vos premières plaidoiries, une journée de permanence : c'est ce que Clairette Olympio a partagé. En revanche, le nom des clients est couvert par le secret professionnel (article 2.2 du RIN), comme toutes les informations reçues dans l'exercice de la profession. Un cas reconnaissable, même sans nom, n'a pas sa place en ligne : notre article sur le secret professionnel sur les réseaux détaille les limites.

Préparez les bases avant la première publication. Fiche avocat.fr à jour, fiche Google si vous recevez à une adresse fixe, mentions de l'article 10.2 sur vos profils : tout est dans notre check-list d'installation. Votre Ordre reste l'interlocuteur qui fait foi sur les informations à lui transmettre.

Ce qu'un jeune avocat doit éviter

  • Écrire "spécialiste", "spécialisé" ou "spécialité" sans certificat de spécialisation : c'est l'erreur la plus fréquente, et elle est visée en propres termes par l'article 10.2.
  • Afficher plus de trois domaines d'activités dominantes, ou un domaine que vous ne pratiquez pas encore.
  • Se présenter comme meilleur, ou mieux placé qu'un confrère : toute mention comparative ou dénigrante est prohibée.
  • Gonfler son expérience. L'exigence d'"information sincère" vaut pour le nombre de dossiers, d'années ou de résultats annoncés.
  • Raconter un dossier, même anonymisé, dès lors que le client ou l'affaire peuvent être reconnus.

Questions fréquentes

Un avocat stagiaire ou élève avocat peut-il communiquer comme un avocat ? Non : le titre d'avocat ne s'acquiert qu'avec la prestation de serment et l'inscription au tableau. Avant, l'élève avocat peut partager son parcours, sans se présenter comme avocat ni proposer de prestations.

Un collaborateur peut-il prendre la parole sous son nom ? Oui, en indiquant la structure dans laquelle il exerce, comme l'exige l'article 10.2. Le collaborateur libéral peut développer une clientèle personnelle (article 14.2 du RIN). Notre article sur la visibilité de l'avocat collaborateur détaille la façon de le faire avec le cabinet.

Combien de temps avant les premiers clients ? Aucune étude ne le mesure, et les deux avocates citées ici ne donnent pas de délai. Clairette Olympio rappelle seulement que les réseaux ne sont plus son premier canal de clientèle, et Mariam Hamour qu'ils lui ont apporté "pas mal de prospects et des clients" parmi d'autres leviers.

Sources

  • Règlement intérieur national de la profession d'avocat, version consolidée de juillet 2026, articles 2.2, 10.2, 10.5, 14.2 et 22 : cnb.avocat.fr
  • Ministère de la Justice, statistique sur la profession d'avocat au 1er janvier 2024 : justice.gouv.fr
  • Baromètre des droits et de l'accès au droit, Odoxa pour le CNB, décembre 2024 et décembre 2025 : cnb.avocat.fr
  • Entretiens Mediavocats avec Clairette Olympio (YouTube) et Mariam Hamour (YouTube), et Reels de Charlie Capera sur @mediavocats

Vous débutez et vous voulez prendre la parole sans y passer vos soirées ? Mediavocats écrit, tourne et monte des vidéos d'avocats dans le respect du RIN. Réserver un appel découverte

Développez votre visibilité avec la vidéo

Articles connexes